Pic D'Aste - Col de l'Hospitalet - Lac Pouey Laun - Barrage du Tech et nuit au refuge Migouelou
Commentaires de Pascal
Nous sommes 16 eco-montagnards (optimisation du co-voiturage en 4 voitures oblige) à nous élancer pour cette expédition de 2 jours avec une nuit au refuge de Migouélou.
Comme le dira l'un d'entre nous ce sera 2 jours de dépaysement complet à 2 pas de chez nous.
La Pique d'Aste (2358 m) est au menu du premier jour. Pour y accéder c'est une montée raide et continue depuis le barrage du Tech avec un dénivelé total de 1300m. Nous démarrons sur le sentier en sous-bois direction lac de Pouey Laun. Vers le niveau 1900m nous quittons le sentier pour grimper pleine pente en direction des cimes, et plus précisément de la petite brêche de Peyralagor située à droite de notre objectif du jour. La sécheresse est visible partout, l'herbe est rase et jaunie, les gentianes cramées, les myrtilliers, roussis par endroit, arborent des petites myrtilles trop sèches. En levant le nez on aperçoit 3 beaux isards que l'on a dérangés et qui fuient vers les cimes. Mises à part la raideur de la pente et la chaleur, la montée ne présente pas de difficulté jusqu'à la brêche. Là les choses se gâtent. Des bourrasques de vent du Sud pleine face nous avertissent que l'on change radicalement d'environnement. De l'autre côté de la brêche c'est un à-pic rocheux qu'il nous faut contourner en redescendant un peu vers l'Ouest, avant de pouvoir revenir plein Est, puis de reprendre notre ascension sur la face Sud de la Pique d'Aste que nous atteindrons alors sans trop de mal mais avec une vigilance permanente pour éviter les chutes de pierres et les dérapages sur les herbes sèches. Nous prenons les mêmes précautions pour la descente en vue de rejoindre le bon sentier qui mène au refuge de Migouélou situé en bordure du lac du même nom et à l'altitude de 2300m. La chaleur écrasante ne donne envie à personne de faire le petit détour prévu au programme par une crête avoisinante. De toute façon à l'arrivée avec un total D+ de 1358m, le quota du jour se trouve déjà légèrement dépassé.
A l'arrivée au refuge, il est encore tôt et il faut attendre jusqu'à 18h pour pouvoir prendre possession des lieux. On commence par satisfaire les besoins primaires avec une bonne bière fraiche (ou autre boisson étrange). Après ce premier réconfort, chacun se met en quête d'une activité de son choix.
Un petit sous-groupe, dont fera partie votre rédacteur du jour, décide courageusement de renfiler chaussettes et grosses chaussures pour descendre au bord du lac. Naturellement la discussion s'engage autour du récent arrêté du Parc National des Pyrénées visant à l'interdiction de toute baignade et trempette dans les lacs du Parc. Fort heureusement l'un d'entre nous réussit à accéder au texte officiel et complet de l'arrêté. Ce qui permet un échange instructif pour bien en comprendre les termes. Sur ce, et pour plagier leur langage administratif un peu abscond, "au vu" des merveilleuses eaux fraîches et limpides du lac, "au vu" de notre état de fatigue, "au vu" de la chaleur du jour, "au vu" de la sueur et poussière accumulées, tout en "considérant" les risques "pathogènes" que notre bande de "pas tout jeune(s)" pourrait faire courir à la faune sauvage, nous en arrivons rapidement à la conclusion qui s'impose. Mais si vous avez cru comprendre, même "partiellement", ce que nous fîmes alors, "au vu" de l'arrêté, et "considérant" les risques d'amende encourus, c'est que je me suis mal exprimé.
Au retour du lac, tout le groupe se retrouve sur la terrasse, il y a encore un peu de temps à tuer avant d'entrer dans le refuge. En face de nous, de l'autre côté du lac se dresse le Pic de Milhas, notre objectif du lendemain, encadré par les Tourettes à droite et le Palada à gauche. Bien que le Milhas soit le plus bas des 3, tout le monde perplexe se demande comment on fera pour arriver là-haut. Nos 2 animateurs discutent entre eux du tracé optimum (le plan A). Inévitablement des anecdotes et péripéties de randos et séjours resurgissent. Quelques esprits "fins" ont l'art et la manière de transformer les souvenirs, parfois douloureux, et confidences de certains, en franche partie de rigolade.
Après un apéro et un repas bien venus et bien mérités, chacun flâne et échange quelques propos en attendant le coucher du soleil et l'heure de rejoindre le dortoir. A peine couchés, l'orage éclate, à grands renforts d'éclairs et de rafales de vent. C'est très impressionnant. On se sent tout simplement heureux et soulagé d'être bien à l'abri dans le refuge. Après quelques longues minutes l'orage se calme. La nuit rassurante du dortoir s'installe "rythmée" par les bruits coutumiers; porte du couloir, ronflements, rêves agités de certain(e)s, chuchotements.
Au matin la terre assoiffée a totalement absorbé la pluie de la nuit, et les rafales de vent séché le reste, plus aucune trace d'humidité. N'était-ce qu'un rêve cette pluie battante contre les volets ?
Les animateurs évaluent, fort justement, que le vent est trop fort pour parcourir les crêtes et décident d'activer le plan B. Nous ne monterons donc pas au pic de Milhas et passerons les crêtes plus au Nord et plus bas au col d'Hospitalet. La randonnée démarre en passant en contrebas du magnifique barrage. C'est l'occasion pour Gérard et Christophe de partager leurs connaissances du site et des barrages hydro-électriques en général. Nous distinguons les vestiges de l'ancien barrage tout petit en contrebas du barrage actuel, bien plus haut et majestueux avec son architecture complexe dénommée "multivoutes" (dix en l'occurence). C'est intéressant aussi de comprendre le fonctionnement astucieux entre le barrage de Migouelou, la centrale hydro-électrique, le lac de Suyen, et les opérations de pompage et de turbinage entre ces 3 infrastructures.
Nous n'avons que 200 m de dénivelé à monter pour rejoindre le col d'Hospitalet, mais assez vite l'orage menace. Il nous faut sortir les protections de pluie et accélérer le pas pour espérer franchir le col rapidement et échapper au plus gros de la pluie. C'est finalement ce qu'on arrive à faire, on bascule à peine mouillé de l'autre côté de la crête. L'orage nous a raté mais "pas de beaucoup". Dans la descente vers le lac de Pouey Laun, on peut voir avec un brin d'envie et d'adrénaline le petit couloir étroit pentu et rempli d'un long neve, que nous étions sensé emprunter pour revenir du pic de Milhas (plan A). D'abord au soleil, nous serons vite rattrapé par des menaces de pluie tout le long de la longue descente, précisément 1372m de D-, qui nous fera rejoindre le point de départ au lac du Tech. Il est presque 13h. La plan B se finit par un pique-nique sur les tables abritées du Bistro du Tek, qui nous autorise gentiment à nous installer en commandant simplement les boissons. En définitive beaucoup se laisseront aussi tenter en supplément par une glace artisanale, un café ou une pression supplémentaire.
Un grand merci à nos deux animateurs, Gérard et Dominique, pour ces deux jours et cette nuit de dépaysement. Les aléas de la nature ne leur ont pas facilité la tâche, mais la préparation était minutieuse, et le plan B a parfaitement fonctionné.
Photos Marco
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